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A l’occasion de sa nouvelle exposition personnelle chez Air de Paris, Brice Dellsperger présentera deux nouveaux opus de Body Double: «Body Double 36» et «Body Double 37».

" Mes vidéos Body Double (traduire doublure ou littéralement corps double) agissent comme des doublures de séquences de cinéma des années 70 ou 80 ; le titre fait référence au film de Brian de Palma (Body Double, 1984). C’est à ce jour une série de 40 films de durées variables dont le motif obsessionnel est le corps de la doublure dans le cinéma grand public. Selon une démarche rigoureuse mais émancipatrice, je fais rejouer chaque scène choisie par un·e unique acteur·ice travesti·e, super personnage interprétant tous les rôles par dédoublement."



Body Double 36 (2019). D'après le film Perfect (James Bridge, 1985) avec Jean Biche dans tous les rôles.

C’est la mode de l’aérobic dans les années 80 !

Perfect de James Bridges sort en 1985. Ce film montre avec superficialité les relations humaines dans les clubs de gym de Los Angeles, vues par les yeux d’un journaliste (John Travolta) qui tombe sous le charme d’une coach de gym au look androgyne (Jamie Lee Curtis).

Les études sur le corps postmoderne dans la société contemporaine américaine sont liées au contexte des années 80, période qui voit la consécration d’un corps-objet idéal rattrapé par l’épidémie du Sida. L’identification du virus HIV aura une influence majeure sur la perception et la représentation des corps et de la sexualité.

La séquence du film à l’origine de Body Double 36 est celle du cours de gym. Un récit réduit au minimum, des gestuelles et des regards évocateurs, nous assistons ici à une véritable symbiose des corps, un synchronisme parfait sur le pseudo tube Shock Me, dans un pur moment d’expérience collective qui s’apparente à un orgasme. Différents types sont représentés, mais étrangement, se confondent, ce qui pourrait définir selon moi une nouvelle identité Trans.

Le corps-Trans d’aujourd’hui devrait rendre hommage au fitness des années 80 ! Son ambiguïté, ses transformations corporelles, la transgression de ses corps augmentés et sculptés par l’accomplissement personnel.

Des sujets que je mets en forme et en image dans une installation inédite. Comme dans un kaléidoscope, par jeu de miroir et d’agrandissement, la séquence y est doublée plusieurs fois. J’invite Jean Biche, artiste performeur qui se produisait sur la scène parisienne du Manko Cabaret, à interpréter tous les personnages.

- Brice Dellsperger, 2019



Body Double 37 (2020). D'après le film Pulsions (Brian de Palma, 1980) avec Brice Dellsperger dans tous les rôles.

Le 16 mars 2020 je me suis retrouvé enfermé chez moi !

Une scène de Dressed to Kill que je comptais refaire trois ans auparavant était restée en suspens, j’avais déjà prévu de jouer les deux personnages, comme dans les Body Double 1, 5, 15 et 30 ; je rêvais de faire le remake du film entier depuis longtemps, mais il est compliqué...

Je me retrouve donc dans ma chambre, avec quelques ampoules LED et des vêtements achetés sur internet trois ans plus tôt, et je me mets au travail avec une caméra que justement je viens d’acheter, ça tombe parfaitement bien.

La chambre est trop petite, qu’importe je colle la caméra dans les angles, et j’adapte... Je ne vois pas très bien ce que je suis en train de filmer, je suis en play-back, travesti, seul, et forcé de faire beaucoup plus de prises que d’habitude presque 40 ! Il faut le temps de mémoriser le texte, quelques déplacements, de gérer la mise au point. Je tourne, je vérifie, et quand c’est bon, je fais beaucoup de prises. Bon, gérer l’ordinateur, la caméra, les lumières, le jeu et surtout les directions des regards, c’est un challenge ! Surtout avec mes faux ongles quand il s’agit de déplacer des éléments ou de sortir les cartes SD de la caméra ! Heureusement il ne fait pas trop chaud, même avec la perruque, et je suis la plupart du temps en porte-jarretelles, alors...

J’ai trouvé une parade pour faire les éclairs que l’on voit à l’image car la scène se passe dans le bureau de Bobbi (Michael Caine / la tueuse) un soir d’orage, et c’est un moment crucial dans le film puisqu’il est temps de démasquer l’assassin. Pour parvenir à mon effet d’éclair et sur les conseils de mon Chef Op, j’utilise la seule lumière qui me suit depuis le tournage de Body Double (X) avec Verna en 1998, une des deux mandarines qui fonctionne encore ! Un peu de gélatine bleue et une multiprise visible par moments. Je l’active à vue pendant les prises tout en essayant de la dissimuler dans le décor ou dans mon dos. Ça me fait rire et je repense aux autoportraits de Jürgen Klauke, Robert Mappelthorpe ou Cindy Sherman.Neuf jours de répétitions et huit jours de tournage vraiment intenses et confinés, voici Body Double 37 !

- Brice Dellsperger, 2020

Brice Dellsperger (né à Cannes en 1972, vit et travaille à Paris) développe depuis 1995 le cycle des Body Double. Ses oeuvres sont présentées dans de nombreuses expositions en France et à l’étranger. Elles font parties de prestigieuses collections privées et publiques dont celles du MoMA, du Musée d’Art Moderne - Centre Pompidou et du Nouveau Musée National de Monaco.




Body Double 36 (2019). After Perfect (James Bridge, 1985) with Jean Biche.

Aerobics were the fashion in the 80s!

James Bridges’ Perfect was released in 1985. The film superficially describes human relationships in a gym club in Los Angeles, seen through the eyes of a journalist (John Travolta) who is beguiled by an androgynous gym coach (Jamie Lee Curtis).

Studies on the postmodern body in contemporary American society are linked to the context of the 80s, a period which recognized an ideal body-object caught up by the AIDS epidemic. The identification of the HIV virus had a major influence on the perception and representation of bodies and sexuality.

The movie sequence on which Body Double 36 is based is the one in the gym class. The story is reduced to a minimum, gestures and looks are evocative, here we witness a true symbiosis between bodies, a perfect synchronism while playing the pseudo hit Shock Me, in a pure moment of collective experience similar to an orgasm. Different types are represented, but strangely they get mixed up, which according to me might well define a new Trans identity.

Today’s Trans-body should be paying tribute to the fitness activity of the 80s! To its ambiguity, its bodily transformations, the transgression of bodies augmented and sculpted through personal accomplishment.

Subjects are staged and represented in a new installation. Using mirrors and enlargements like a kaleidoscope, the sequence is doubled several times. I invited artist Jean Biche, who performed at the Manko Cabaret in Paris, to interpret all the characters.

- Brice Dellsperger, 2019



Body Double 37 (2020). After Dressed to Kill (Brian de Palma, 1980) with Brice Dellsperger.

A woman visits a psychiatrist, but she has a hidden agenda. Likewise, the therapist is not all that he appears to be; he listens to the analysand with concern but also with an underlying, almost sinister, sense of lust. The scene is from Brian DePalma’s Dressed to Kill, in which nothing is as it appears, and in which its protagonists role-play, play-act and dress-up. A perfect text, then, to serve as the template for Brice Dellsperger’s Body Double 37.

This poetic and politicized artwork, slyly masquerading as an entertaining video clip, is made following Dellsperger’s preferred style. The artist has detached the soundtrack from a four-minute segment of the 1980 film, using it as the structure, or prompt, to propel his own investigation into identity, the self and its representation. Dellsperger inhabits the poses of Michael Caine and of Nancy Allen, manipulating his gestures and contorting his body to mimic these cinematic ideals.

But Dellsperger’s work is not solely a garment worn to conceal and/or decorate the body. It is not a cloak. It is also an organ internal to that body. Like breath, the voice in Dellsperger’s work inhabits the artist’s insides; he becomes the medium reactivating the spirits of decades long past.

What we see is Dellsperger’s present — his self in the Covid-infected 2020. What we hear is Dellsperger’s past — his teenaged memory of the feverish style and violent ruptures of DePalma’s halcyon days. We could say these are the depicted and the uttered, however, nothing could be further from the truth, for Body Double 37 creates a meaning that is thoroughly independent of the scene from Dressed to Kill thatacts as its inspiration. Dellsperger’s art is one of total transformation; the original is slain and, in its place, is a perfectly fused synthesis of oppositional forces.

So, for the time being dear viewer, let’s slip into something a little more comfortable and press play.

- José Freire, 2020

Brice Dellsperger (born in Cannes 1972, lives and works in Paris) has been working on his Body Double cyclesince 1995. He has exhibited extensively in Europe and abroad. His work is in collections that include the MoMA, Musée d’Art Moderne - Centre Pompidou and Nouveau Musée National de Monaco.