BRUNO SERRALONGUE

Chemins cherchés, chemins perdus, transgressions

April 1 - May 20, 2017


Jean-Baptiste Fressoz (CNRS) explique l'Anthropocène lors du rassemblement annuel sur la ZAD
de Notre-Dame-des-Landes, samedi 11 juillet 2015.
2015

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La nouvelle exposition personnelle de Bruno Serralongue à Air de Paris, emprunte son titre au recueil de poèmes d’Henri Michaux. À travers «Chemins cherchés, chemins perdus, transgressions», il sera question de lutte pour la terre qu’elle soit ailleurs, pour les migrants (Calais, 2006-2008, 2015-ongoing) ou ici pour les habitants temporaires et résidents de la Zone à Défendre (ZAD) (Notre Dame des Landes, 2014-ongoing).

[…] Face au zapping des mass medias, assoiffés de nouveauté et de spectaculaire, Bruno Serralongue oppose la lenteur et le décalage avec la notion d’actualité. Face à la surcharge d’informations, il oppose la parcimonie. Face à la très grande vitesse, qui gouverne tant la fabrication de l’information que les échanges commerciaux, les flux financiers et les transports, il oppose la persistance. Il représente des figures de résistance et d’opiniâtreté, des figures minoritaires qui parviennent malgré tout à se créer des moyens d’accès à l’opinion publique, à s’approprier un espace médiatique. Sa stratégie plastique s’articule à leurs stratégies de communication. Du Chiapas à Mumbai, en passant par Cuba, Washington et Genève, il a suivi depuis le milieu des années 90 la mise en place et la structuration du mouvement de l’alter-mondialisme. Ces grandes messes médiatiques lui offrent des filtres et des protocoles qui dirigent la production de ses photographies. Son expérience du hors-champ l’a amené à faire le constat d’une scénarisation du réel dans le processus de fabrication de l’information. Pour Bruno Serralongue, créer un stock d’images c’est, non pas illustrer l’actualité, non pas fournir une archive ouverte aux médias, mais proposer une contre-information au sens où Gilles Deleuze définissait l’art comme un acte de résistance. Une information qui résiste. Un autre régime de vitesse dans la production des images. Bruno Serralongue est un self-media : un émetteur-récepteur qui agit de manière autonome en-dehors de la sphère professionnelle de l’information.
L’artiste self-media traite, produit et diffuse une information alternative et recodée, c'est-à-dire non soumise aux lois binaires des mass medias, dominés par la logique de l'immédiateté et les rapports de pouvoir. Il travaille sur des sujets qui le concernent, dans un temps réflexif, dans un autre rapport à l'événement, dans une temporalité qui est sans doute plus certainement celle de l'art, une temporalité qui ne s'impose pas le spectaculaire. Les contre-informations proposées par ses enquêtes sur le travail médiatique luttent contre la fragmentation d'une expérience vécue comme totalité. Comme Karl Kraus, premier critique des médias dans les années 30, il affirme aujourd’hui qu’il n’y a pas d’autre objectivité qu’une objectivité artistique. Face à la réalité falsifiée par les médias, il y a les alter-images de l’artiste. Ces dernières années, Bruno Serralongue a fait évoluer sa pratique en suivant plusieurs situations appartenant à l’actualité humaine, sociale et politique : Florange, Notre-Dame-des-Landes, les camps de Calais et la première décennie d’une nouvelle nation, le Kosovo. En développant une relation de travail et de complicité avec ces territoires et leurs habitants, il a pu développer sur le temps long une véritable connaissance des enjeux humains et environnementaux situés en ces lieux. Après sa grande rétrospective « Feux de camp », au Jeu de Paume en 2010, une récente exposition intitulée « La Terre est un crocodile », présentée en 2015 au MAMCO de Genève, lui a permis de mettre en évidence la manière dont ces plateaux de recherches, mis en relation, peuvent nous permettre de penser autrement la manière dont la communauté des vivants habite aujourd’hui le monde. Il s’agit pour lui d’affirmer la possibilité de rendre compte de l’histoire contemporaine avec les outils et la pensée visuelle de la photographie. […]
Pascal Beausse, Mai 2016.

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Air de Paris